Affichage des articles dont le libellé est Reflexions livres. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Reflexions livres. Afficher tous les articles

mercredi 18 avril 2012

Entre lecture, rébellion, réflexions de société et numérique

   Je surfe énormément sur le net, et je lis aussi énormément sur le net. Je lis aussi des livres palpables, surtout dans les univers de Fantaisy – inventant d’ailleurs un néologisme non revendiqué par les hautes instances académiques de notre pays. Grâce au numérique, je redécouvre des classiques, comme « Les Misérables » de Victor Hugo ou encore « le Rouge et le Noir » de Stendhal, gratuitement.
   Durant toute ma scolarité, je n’ai d’ailleurs jamais compris pourquoi on privilégiait des écrivains morts depuis des décennies plutôt que les nouvelles générations, qui elles-aussi, ont des histoires à raconter et des sentiments à partager ; à condition qu’on leur en offre la chance et la possibilité. D’ailleurs, d’un point de vu logique, pourquoi payerai-je pour l’histoire d’un squelette ? Ses os auraient-ils besoin de calcium ? De nourriture ?
Ou alors la littérature d’aujourd’hui ne vaudrait même pas celle du passé ? Un siècle plus tôt, la télévision, le cinéma, les jeux vidéos, internet, n’existaient pas. Une nouvelle époque implique la création de différentes formes littéraires et artistiques. Comment la littérature se transcendera-t-elle dans les décennies à venir ? Comment s’imposera-t-elle au cœur d’un monde d’images, de publicités, de virtualité ? Tout cela est passionnant.
Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Cette phase de métamorphose naturelle s’applique aussi pour les arts.   
Va-t-on donc encourager la poussière plutôt que l’horizon et la terre sous nos pieds ? Au-delà même de ces clivages papier et du numérique, il s’agit d’un enjeu de civilisation : la peur du futur et du changement doit-elle bloquer l’évolution de nos existences et de notre espèce ?

   Le passé est révolu, et non, ce n’était pas mieux avant, ni pire : l’avenir est simplement différent, tout comme la création artistique d’aujourd’hui est différente de celle d’hier. Tant que nous cheminerons en contemplant les fantômes, nous nous immobiliserons au sein d’une boucle temporelle désespérante. Les habitudes ont besoin d’être bousculées pour apporter d’autres visions sociétales, existentielles et d’autres manières d’écrire, de songer à ce monde. Le numérique nous offre cette possibilité d’expression, qu’importe nos origines, notre réseau ou notre degré intégration sociale ou encore, le poids de notre porte monnaie.
   Nous n’avons certes aucun véritable contrôle sur cette jungle virtuelle. Alors, certains encouragent les clivages, accumulent les préjugés, mettent en valeur une vision totalement noire d’internet et du virtuel en général : en conséquence, l’univers numérique des textes en pâtit. 
   Pourtant, à la base, les textes véhiculent des idées, des sensations et des histoires, virtuelles, nées d’un esprit humain, virtuel. Ils retrouvent leur milieu d’origine à travers le numérique. Ils n’incarnent plus seulement l’idéal de la littérature actuelle : centrée sur l’autofiction, le commérage, le poids médiatique des individus ou encore son imitation plus ou moins réussi des anciens... Oh, regardez-le, il s’est inscrit dans une démarche Stendhalienne, Becketienne ou dans la droite lignée des écrivains romantiques du XIX siècles et du courant surréaliste d’André Breton ; il est le descendant scriptural de Jean de la Fontaine, le fils spirituel de Victor Hugo  ou encore, le confesseur de Dostoïevski. (Et encore, je ne parle même pas dans mon domaine de prédilection, la Fantasy.)  
Ah, et cet individu, est-il quelqu’un, finalement ? Ou bien seulement le produit de tout un caveau d’ossements bons marchés ?
 
   Je comprends bien évidemment que la citation de ces écrivains permette aux lecteurs de se positionner par rapport à une œuvre, à un genre et à un courant – sans oublier l’effet marketing et « attrape pigeon » de la dite action. Je réfute l’effet « tiroir-caisse », le passé emboutissant le présent et le futur, la frilosité, la sélection âpre et très sélective, dans le sens social du terme. Néanmoins, je ne cracherai pas ma haine sur l’ancienne chaîne : les deux milieux sont différents, l’un est physique, l’autre virtuel.      Que l’on soit bien clair : je ne médis pas sur la qualité littéraire de ces écrivains très connus et adulés, souvent avec conviction et raison. Je comprends l’importance de ne pas les oublier, de les relire. Simplement, en tant qu’écrivain, je me pose une question existentielle : dois-je me construire en tant qu’homme et écrivain dans ma singularité, ou en tant que le nouveau « un tel » de la décennie ? Rester dans des standards rigides ou m’approprier un lambeau d’avenir, aussi funeste puisse-t-il être ? Et ne serait-ce qu'en profiter un brin de mon vivant ? Je suis certes encore jeune, mais je vous le dis tout net : une fois mort, je n'en aurais plus rien à cirer que mes livres soient lus, vendus, décorés ou entassés dans un coin de poubelles, oubliés... Alors, le discours d'égo sur la postérité, vous pouvez le jeter dans les flammes d'une autre dimension. 
Laissons les morts en paix, intéressons-nous aux vivants. Sans oublier un fait : nous, les écrivains, nous faisons travailler beaucoup de monde : imprimeurs, éditeurs, diffuseurs, correcteurs, traducteurs, libraires, organisateurs de salons du livre (souvent), maquettistes, critiques (aussi quelques fois)...  J'en ai sans doute oublié quelques uns, mais si nous dépassons le stade du texte, cela peut aller bien plus loin.
   En retour, on reçoit une somme de misère, ainsi que cette fameuse phrase : " ah et tu fais quoi d'autres dans la vie." On se sacrifie pour toucher deux pièces de cuivre, on fait travailler des dizaines de personnes, on en passionne quelques unes et on est même pas pris au sérieux. Après, ne vous étonnez pas qu'on passe au numérique. Ce sera notre revanche de la décennie.

  Grâce au numérique, tout à chacun, s’il en a la volonté, a la capacité de construire une œuvre et de la partager, peut-être même de s’épanouir grâce à ses créations, voire de léguer son vécu, ses expériences, à ses descendants. 
   La création artistique elle-même, la vraie, pas celle formatée par le système actuelle, va se diffuser. Les trônes culturels actuels s’effondreront face à cette vivacité créative ; pas en cinq millisecondes, sur des années.    
   Alors oui, nous assisterons à des publications en ligne au goût discutable et nous serons noyés sous une masse sans précédent de navets (et de perles.) Quoique tout cela soit souvent une affaire de subjectivité, de style et de fond. Cependant, à la différence de l’édition actuelle, mercantile, les lecteurs seront aux premières loges pour juger de la teneur d’une œuvre et de ce qu’ils en attendent. Si les auteurs savent s'émanciper , les lecteurs aussi s’émanciperont.
   Les auteurs et les écrivains* ont d’ores et déjà la possibilité de se libérer de certaines de leurs chaînes, à condition qu’ils saisissent cette chance, et soient écrivains d’essence, et pas seulement d’apparence. Il serait dommage d’oublier que les arts dominants actuels débutent toujours avec des mots et des histoires : jeux vidéos, cinéma, (et d’autres formes qui naissent déjà ou sont à naître, etc.), impliquent de la rédaction. La littérature doit dorénavant s’inspirer des avancées technologiques pour se métamorphoser à nouveau.      

   En conclusion, la lecture s’effectue selon son âge et ses attentes, qu’importe le support ou le lieu (virtuel ou non) d’achat ou d'emprunt. Il s’agit avant tout de construire son identité, sa propre imagination et sa liberté mentale à travers les mots, en les lisant, en les partageant ou en les écrivant. Depuis trop longtemps, la Plume est entravée, formatée et cloîtrée dans un marasme moqueur et destructeur.
   La seule liberté est celle de l’esprit et du cœur, pas du corps. Nos sociétés misent tout sur la chair, l’apparence, et une sorte de principe existentielle abusif, sans limite, qui bride nos capacités d’évolution. Nous sommes poussés à devenir quelqu’un d’autre, à vivre à toute vitesse, à sceller un masque sur notre visage, sans prendre le temps de nous construire, pendant que d’autres se cultivent dans une sorte de vérité première unilatérale et entraînent le monde vers des abysses infamantes. 

   Sacrifier le futur au profit du présent ou du passé, c’est réaliser un suicide collectif ; l’ultime indignité que l’humanité s’infligerait envers elle-même. Sacrifier l’expression artistique présente et à venir des citoyens du monde pour réaliser des bénéfices et contrôler les populations, garantir les profits de quelques grands pontifes, me paraît dangereux.

vendredi 11 mars 2011

un avis sur quelques livres, pour changer !

Ce blog est vraiment une longue litanie scripturale. Tout cela manque parfois sacrément de goût : avec tous les livres, etc, que j'ai lu, je devrais pourtant avoir de quoi causer. Et bien non, je dévore tout ce qui me tombe sous la main ou le clavier et j'émets rarement mon avis ; sauf quand on coupe des livres traduits en 2 pour des raisons obscures !

Ce n'est pas qu'une question de porte-feuille, mais bel et bien un problème de frustration. J'avais parlé il y a quelques mois de cet infâme découpage de l'ultime tome de "la couronne des 7 royaumes" de David B.Coe. Vous ne connaissez pas ? Et bien de mon point de vue, c'est de la Dark Fantasy, doublé d'intrigues politiques à la sauce Trône De fer et parsemés de morts.

Bon, j'avais trouvé la fin agaçante ; pas étonnant : couper un tome* au milieu d'une bataille, ça ne se fait pas ! Surtout quand on doit attendre six mois pour avoir la suite ; je m'étais résigné à acheter le grand format. 
De mon point de vue, le final était un peu expéditif, même si tout était plus ou moins résolu et qu'une nouvelle ère s'ouvrait pour les "Terres du Devant". D'ailleurs, on est en droit de se demander s'il existe des "Terres du Derrière" ; peut-être que ça vient de la traduction ?

Derrière la couverture, cette saga est comparée à celles de Robert Jordan (La Roue du Temps), et George R.R.Martin. (Le Trône de Fer) Je le relève à l'instant ; là, j'ai le livre sous les yeux. Bon, ils citent aussi Terry Goodking (L'épée de Vérité), dont j'ai lu 6 tomes, et que j'ai en horreur. [ Je les avais empruntés à la bibliothèque...] 

Pour une fois, l'une de ces comparaisons n'est pas le fruit d'un pur produit marketing.

Actuellement, je lis le sixième tome du Trône de Fer ; j'adore le nabot, là, Tyrion. C'est un personnage marquant, car il est moche, difforme et petit ; cependant, il possède une intelligence remarquable et n'est pas exempt de courage. La plupart des autres personnages sont des enfants ou des adolescents  : automatiquement, leur point de vue diffère de ceux des adultes, et on ne peut qu'être touché par leurs mésaventures. Vous l'aurez compris ; ils perdent leurs illusions rapidement, ce qui crée finalement des personnages assez désemparés, quoique hauts en couleurs.  

Le point fort de cette saga passe par ses personnages, tous assez charismatiques en fin de compte, quand on y regarde d'un peu plus près. Et bien, celle de David B.Coe, possède aussi tout un lot de personnalités intéressantes et très développées psychologiquement. En fait, la différence la plus qualitative tient au traitement et à l'âge des protagonistes. Niveau univers, la magie dans le Trône de Fer est assez discrète pour le moment ; et moins développé : on la craint, car on n'ignore son fonctionnement. Celle développée dans La Couronne des Sept Royaumes, est plutôt limitée, mais bien plus présente, et concrète ; ce qui crée une autre forme de peur. Dans les deux cas, le choix est adopté par rapport aux personnages : dans T.F., ils croient que la magie n'existe pas, ce qui explique son traitement plus fantastique ; dans C.7.R, ils savent qu'elle existe, et tentent de la garder sous contrôle, car elle effraie les gens du commun.

Dans les deux cas, l'atmosphère qui règne, est plutôt sombre et sanglante (d'où le fait que je les définisses comme appartenant  au sous genre de la Dark Fantasy) ; quoique davantage du côté de C.7.R, bien plus horrifiant, pour le moment.

Là où George R.R.Martin est très concret au niveau de l'intrigue, même si on ne devine pas où il se dirige ; celle de C.7.R, reste floue très longtemps. En effet, le côté scénarisé du T.F. ressort particulièrement, ce qui est moins le cas dans C.7.R. qui est plus décousu, et donc, plus souple dans sa construction. (Peut-être une manière de dissimuler la faiblesse de l'intrigue principale ?) Ces deux façons de ficeler le récit sont néanmoins appréciables. Personnellement, je n'ai pas de préférence, ni pour l'un, ni pour l'autre ; et je serais bien en peine de choisir entre T.F. et C.7.R. 

Je n'observe, par contre, aucun véritable point commun entre la Roue du Temps et C.7.R. 

J'achève ici, ces quelques réflexions sur ces livres, et vous souhaite une bonne fin de soirée au passage.

 * en version originale, La Couronne des Sept Royaumes (de son vrai nom Weavers of War ; la guerre des tisserands) se compose uniquement de 5 tomes ; nous, en France, on en a eu droit à 10 ! 
"Mon histoire ne s'accorde ni à leur monde, ni à leur mode de vie; leurs vies et la mienne ne suivent pas le même chemin. J'ai un bien autre monde en tête, qui porte dans le même coeur son amère douceur et sa peine aimée, le ravissement de son coeur et la douleur de l'attente, la joie de la vie et la tristesse de la mort, la joie de la mort et la tristesse de la vie. En ce monde, laissez moi avoir mon monde, et être damné avec lui ou sauvé avec lui."

Gottfried de Strasbourg

"Quand Ils parlent d'espérances trompées,
De Tristesse et d'oubli, d'amour et de malheur,
Ce n'est pas un concert à dilater les coeurs;
leurs déclamations sont comme des épées :
Elles tracent dans l'air des cercles éblouissant;
Mais il y pend toujours quelques gouttes de sang."


Extrait de La Muse, d'Alfred Musset, tiré du recueil les Nuits de Mai